RETOUR A NOLAKEN

On est aux alentours du 20 septembre 3145. Que les PJ aient intercepté Telz Oropan à Lahagün ou non, ils sont censés l'amener à Messire Zarog Cerkan, arrivé depuis peu à Nolaken. En tout état de cause, le groupe a pour consigne de protéger l'anonymat de Telz de manière absolue, même au contact du clergé tiarnite, ce qui est tout de même assez étonnant. Par bonheur, le jeune marchand est très peu connu en dehors des cercles commerciaux de la ville, et le fait qu'il ait changé de nom de famille brouille les pistes. En théorie il y a extrêmement peu de chances que les membres du clergé de Tiarn en service au temple ce jour-là reconnaissent du premier coup l'héritier d'une maison Esragan qui n'est plus que l'ombre d'elle-même depuis cinquante ans, d'autant que le père de Telz est mort voici déjà dix ans. S'il a été « cueilli » dans les montagnes, le marchand n'a pas été autorisé à rentrer chez lui. C'est son domestique de confiance, Aalak Vergaftan, discrètement sollicité par les aventuriers, qui lui apporte des habits propres et des nouvelles de ses affaires. Il est important que les PJ voient au moins une fois Vergaftan, un homme de la cinquantaine grand, mince et élégant, souvent vêtu de noir, dont les cheveux poivre et sel retombent de chaque côté d'un visage allongé aux yeux qui brillent d'une acuité pénétrante. L'analyse éventuelle de l'aura du domestique révélera que c'est un adepte de Tiarn non doté de pouvoirs magiques. Il porte d'ailleurs un pendentif rituel d'adepte dissimulé dans sa chemise. L'entrevue entre Oropan et le scribe se déroule à treize heures au sein du grand temple tiarnite de la ville, gardé par une cinquantaine de paladins. Cerkan, les aventuriers et cinq serviteurs du culte de Tiarn s'entretiennent avec Telz dans la grande salle centrale de l'édifice. Vergaftan s'éclipse cinq minutes avant le début de la conversation.

Oropan commence par se montrer très intrigué et rit lorsque l'on lui révèle qu'il compterait le Roi Twalboc'hed parmi ses ancêtres. Au bout d'un moment, un événement très étrange se produit : ses yeux semblent se transformer en deux puits de lave incandescente et, comme doué de réflexes prodigieux, il se lève subitement, saisit Cerkan à la gorge et le soulève du sol. Le scribe intime l'ordre à ses paladins et aux PJ de rester immobiles et de ne pas blesser Telz. Celui-ci prononce la phrase suivante en Om Kath : « où est mon armée, petit homme ? » (ce qui donne « Daka Arstaarggüran ? ») puis repose Cerkan à terre et se fige, les yeux toujours semblables à l'intérieur d'un volcan, même s'il semble n'être nullement aveugle. Le scribe reprend son souffle et tente de rassurer les témoins de la scène : « je ne sais pas exactement ce que je dois penser de cela, mais nous contrôlons toujours la situation ». Cinq autres paladins sont appelés en renfort pour tenir Oropan en respect le temps que Cerkan et les PJ réfléchissent à la situation. Il est important de noter que les dix paladins présents dans la salle et tous originaires de Parage-Elfique constituent l'intégralité de l'effectif mis à la disposition du scribe par les autorités taniriennes. Aucun d'entre eux ne connaît l'identité de la personne qu'ils surveillent et aucun d'entre eux n'a d'aptitudes magiques. Le conciliabule des membres du groupe est toutefois vite interrompu : à treize heures trente, l'un des portiers du temple vient leur annoncer que Narad Ekendan, le Grand prêtre de Tiarn à Nolaken, veut voir l'homme qu'ils sont en train d'interroger. Cerkan, fort embarrassé, ne peut que s'exécuter. Ekendan fait son entrée dans la grande salle accompagné par dix paladins armés jusqu'aux dents. Si les aventuriers ont la présence d'esprit de tenter de mémoriser le visage de chaque garde, cela pourra leur servir dans la suite du scénario. Le Grand prêtre regarde Telz comme avec détachement un bref instant, puis se retourne vers Cerkan et les PJ : « Bien, mes chers amis, vous avez rempli votre mission. C'est désormais moi qui assure la garde de cet individu qui sort manifestement de l'ordinaire. Je vous remercie et vous invite à aller vous reposer en ville car nous manquons de place au temple. Je vous tiendrai régulièrement informé des nouveaux développements de cette affaire. Mais au fait, comment s'appelle cet homme ? Dites-le-moi, cela m'évitera de faire usage d'un sort pour lire les pensées de l'intéressé ». Cerkan proteste et déclare qu'il a reçu carte blanche des autorités royales de Taniria pour garder l'individu en question avec lui tout le temps qu'il faudra. Il ajoute qu'il n'a pas à révéler son identité avant de l'avoir emmené à la capitale.

De toute manière, la discussion ne va pas plus loin : profitant d'un instant d'inattention, Telz fait rapidement quelques pas en avant, saisit Ekendan au cou et lui brise la nuque en une fraction de seconde. Les dix paladins qui accompagnaient le Grand prêtre, horrifiés, tirent leurs épées. A ce moment-là, de grands coups sont frappés à la porte de la salle : « Votre Sainteté, tout va bien ? » Sur un geste de Cerkan, les dix autres paladins tirent aussi leur épée et viennent se placer entre Telz et les gardes d'Ekendan. Le scribe prend Telz par le bras et indique aux PJ un passage secret permettant de s'enfuir du temple. Alors qu'ils l'empruntent, un des paladins fidèles à Ekendan tente de les atteindre avec une Boule de feu. Les paladins fidèles à Cerkan réussissent à s'engouffrer dans le passage et à en fermer l'issue. Deux d'entre eux restent en arrière afin de la maintenir bloquée le plus longtemps possible. Les autres se débarrassent de leurs insignes de Tiarn sur les conseils du scribe et tout le monde se retrouve à l'air libre non loin des écuries attenantes au temple où se trouvent les chevaux du groupe. Une rapide inspection des lieux permet de s'apercevoir qu'une demi-douzaine de paladins ont monté une embuscade assez grossière à l'endroit où sont attachés les chevaux des PJ. Si les aventuriers semblent trop hésiter sur la manière de récupérer leur monture, Telz pénètre dans l'écurie et écrabouille les paladins contre les murs.

LA FUITE

Il semble bel et bien que certains membres du clergé de Tiarn n'aient pas envie que toute la lumière soit faite sur la véritable nature de Telz Oropan. Avant toute chose, il faut fuir Nolaken. Or, le groupe ne tarde pas à s'apercevoir que les portes de la cité ont été fermées et qu'elles sont gardées par une cinquantaine de soldats disposés en plusieurs lignes de défense. Apercevant cela, les soldats se mettent à hurler, ce qui provoque l'arrivée d'une vingtaine de cavaliers stationnés à quelques mètres de là. Voyant cela, Messire Cerkan tourne bride et lance sa monture dans de petites ruelles, apparemment dans le quartier des magiciens. Arrivé devant une petite échoppe, il met pied à terre et s'engouffre dans la maisonnette, invitant le reste du groupe à faire de même. Dans une pièce minuscule se trouve un pentacle au-dessus duquel une forme brumeuse rappelant vaguement une silhouette humaine apparaît lorsqu'entre le scribe. Un râle se fait entendre : « Que veux-tu, Cerkan ? - Je veux que tu nous fasses sortir de la ville. - Pourquoi donc, Cerkan ? - Parce que nous sommes poursuivis par des agents de Tiarn fanatiques. Ceux à qui tu voues une haine aveugle. Ceux qui ont fait de toi ce que tu es. - Seront-ils là bientôt, Cerkan ? - Ils sont à quelques pas d'ici. » Ce qui tient lieu de visage à la forme brumeuse semble esquisser un sourire : « Bien. Je saurai m'occuper d'eux. Me libères-tu, Cerkan ? - Bien évidemment. Je te libère tout de suite. Fais-nous partir. - Me libères-tu, Cerkan ? - Fais-nous partir et je te libère. » Le vent semble se lever à l'intérieur de l'échoppe. Le groupe et les paladins ont l'impression d'être soulevés de terre. Tout devient noir et la voix de l'être brumeux leur parvient de plus en plus assourdie : « Me libères-tu, Cerkan ?  » Après quelques secondes, Messire Cerkan crie : « Oui, je te libère, Nagovan le Blasphémateur !  » L'être de brume répond : « J'aurais tenu parole de toute manière. Que la magie t'accompagne, Cerkan ». Puis les PJ perdent connaissance.

DANS LA CLANDESTINITE

Tout le monde se réveille au milieu d'un cercle de pierres levées dans un champ au pied d'une colline. Il semble être environ quatorze heures, donc la téléportation a été instantanée. Non loin de là, on devine les majestueuses murailles de la grande cité de Sainte-Garde. L'aspect de Telz n'a pas varié, il rend toute discrétion quasi impossible. Quand tous les membres du groupe ont repris leurs esprits, Cerkan expose sa théorie : « Ekendan était connu pour son intransigeance et sa propension à voir des démonistes partout. Je ne pense pas qu'il ait été agent du Plateau d'Urvakan. Je crois plutôt qu'il faisait partie de ces fous partisans du statu quo qui refusent qu'un descendant de Twalboc'hed mène les armées taniriennes à la victoire contre les morts-vivants et les Abominations de Galgac'h. Je sais que cela paraît insensé, mais si les créatures du Haut-Plateau sont détruites, la très forte emprise du clergé de Tiarn sur la société tanirienne se relâchera forcément et certains refusent cette perspective. Maintenant, le problème consiste à savoir qui, parmi les prêtres et les serviteurs de Tiarn, souhaite éliminer Telz et qui souhaite le protéger. » Cerkan pense qu'il est possible de faire confiance au Prêtre suprême de Tiarn Niram Andalad, qui passe pour un individu posé et juste. Parmi les cinq Grands prêtres encore vivants qui secondent Andalad, le scribe ne sait pas combien au juste sont capables d'organiser un complot visant à empêcher Telz Oropan de se rendre à Taniria. Il sait que le Prêtre suprême se trouve justement à Sainte-Garde aujourd'hui, accompagné par les autres Grands prêtres, qui se sont téléportés comme lui afin de procéder à la bénédiction du Grand temple de la ville qui vient juste d'être rénové.

En général, ce genre de cérémonie commence vers seize heures, donc les PJ disposent de moins d'une heure de repos avant de devoir se mettre en route, puisque Sainte-Garde est à une heure de marche, selon le scribe qui a déjà utilisé ce cercle de téléportation auparavant. L'idéal serait de se mettre en route à quatorze heures trente, car la progression à l'intérieur de la ville risque d'être ralentie par le grand nombre de pèlerins qui se rendent à la cérémonie de bénédiction du temple. L'érudit compte entrer en contact avec Andalad et lui amener Telz s'il croit pouvoir déterminer qu'il est étranger au complot. Selon Cerkan, il faut faire attention aux espions travaillant pour les membres de la conspiration plutôt que craindre une attaque frontale de paladins. Après tout, il est tout à fait possible que la plupart des fidèles de Tiarn qui accompagnent Andalad n'aient rien à voir avec la machination, sinon pourquoi s'être fatigué à monter une mise en scène d'agression dans les écuries du temple de Nolaken ? Messire Cerkan estime qu'il est plus prudent que les paladins et Telz restent à l'abri dans une ferme abandonnée des environs de la ville pendant que les PJ et lui s'introduisent dans Sainte-Garde et se rendent compte des intentions du clergé tiarnite local. Le scribe déclare qu'il utilisera un sort de Mindlink pour avertir le paladin qu'il connaît le mieux. Tant que l'anonymat de Telz est préservé, sa localisation par des moyens magiques est rendue plus difficile, ce qui représente un avantage pour le groupe. Après environ une heure de marche le long d'une route bien entretenue, Cerkan et les PJ parviennent jusqu'à l'entrée de la ville. Leur progression est ralentie par le passage d'une colonne de criminels enchaînés et conduits dans la cité par des paladins de Tiarn à cheval. Tout à coup, deux prisonniers s'exclament « nous aussi, nous sommes des paladins de Tiarn ! », phrase qui provoque une vague de ricanements et de quolibets au sein de la foule des badauds, alors que des paladins fouettent les deux hommes pour les faire taire. Cerkan et les PJ reconnaissent les deux paladins qui avaient couvert leur fuite dans les souterrains du temple de Nolaken. Si le groupe n'est pas assez discret, l'un des deux paladins au moins reconnaîtra ses membres mais, en guerrier d'élite, n'en laissera rien paraître. Tout juste leur adressera-t-il un bref regard désemparé avant de s'éloigner. En se renseignant auprès de passants, les aventuriers apprennent que le cortège se dirige sans aucun doute vers la prison, qui se trouve à quelques rues du Grand temple. « Au moins, ils sont vivants », dit le scribe. Pour lui, cette rencontre prouve simplement qu'une partie de la suite d'Andalad au moins trempe dans le complot et que les conjurés ont à leur disposition une zone de téléportation, ce qui n'est guère étonnant, étant donné qu'il s'agit de puissants paladins.

A L'INTERIEUR DU GRAND TEMPLE

Le groupe n'a aucun mal à se procurer des robes de bure de pèlerins tiarnites aux abords de la ville, car elles sont en vente sur les étals de marchands qui ont bien compris qu'ils pouvaient effectuer des profits juteux à l'occasion de la bénédiction du Grand temple. Cerkan explique aux PJ qu'ils risquent de se trouver confrontés à certains des meilleurs éléments du clergé tiarnite et qu'il convient d'agir avec beaucoup de discrétion. Il leur fait part de son intention de contacter discrètement Niram Andalad lors de la bénédiction des pèlerins que celui-ci doit effectuer en prélude à la réunion des Grands prêtres du culte. Cerkan et les aventuriers n'ont également aucun mal à s'introduire dans la cité en se mêlant au flots des pèlerins qui psalmodient des litanies en brandissant un petit T de métal. Le déploiement militaire dans la ville est impressionnant : une file d'environ dix mille pèlerins avance cahin-caha sous la surveillance d'environ cent cinquante paladins. On compte un paladin tous les dix mètres des deux côtés sur les 750 derniers mètres qui mènent au temple. Certains sont armés d'une lance et la plupart ont la main sur leur épée ou sur leur médaillon de détection des créatures infernales. On voit de toute façon mal quel démon supporterait la présence de dix mille croyants parfois fanatisés agitant un symbole religieux. La marche vers le temple doit donner lieu à un curieux incident qui concernera le membre du groupe le plus typé physiquement, par exemple un elfe : alors que le personnage avance, une vieille mendiante s'effondre devant lui. Tandis qu'il l'aide à se relever, il s'aperçoit qu'elle est aveugle. En tâtonnant pour toucher le visage de l'aventurier, elle rabat la capuche de celui-ci, de sorte que son visage est entièrement visible pendant quelques secondes. Le PJ reste sans réaction, même si la prudence commande qu'il dissimule à nouveau son visage. Des yeux morts de la vieille femme jaillissent alors des flammèches et elle caresse quelques instants le visage de l'aventurier en murmurant « tu es un enfant de Tiarn ». L'aventurier concerné récupère alors tous les points de vie et de fatigue qu'il avait pu perdre jusque-là. A partir de ce moment-là, les membres du groupe se sentent observés, mais le flot des pèlerins est bien trop dense pour qu'ils puissent déterminer par qui ils semblent être épiés. L'entrée du temple est gardée par dix paladins qui ont pour ordre de ne laisser passer que certains visiteurs choisis avec soin, essentiellement des femmes, des enfants, des vieillards et des mendiants que le Prêtre suprême Andalad bénira. Le MJ va devoir effectuer pour les aventuriers des jets secrets de QI afin de tenter de savoir si certains des paladins qu'ils ont devant eux ont participé à la tentative d'enlèvement de Telz à Nolaken. Si les PJ n'ont fait attention au visage de leurs assaillants que quelques brèves secondes, le jet de QI est à -4. A l'inverse, s'ils ont été très scrutateurs, le bonus peut être annulé. Pour peu qu'ils aient de la chance, les PJ seront à peu près sûrs que les gardes du temple ne les ont jamais vus auparavant. En insistant un peu tout en restant poli et discret, il est possible d'entrer après avoir embrassé un symbole de Tiarn incrusté dans le mur à côté de l'entrée. Les paladins qui gardent l'entrée sont tous sur un pied d'égalité et laissent passer qui bon leur semble, quitte à se disputer quelque peu. Aucun n'est au courant de l'identité de Messire Cerkan, mais il serait intéressant que l'un d'entre eux connaisse l'un des PJ et soit en bons termes avec lui, ce qui faciliterait la tâche de tout le groupe.

Malheureusement pour les aventuriers, les abords du temple sont occupés par de faux mendiants en robe de bure qui sont en fait certains des paladins ayant pris part à l'assaut à Nolaken et que les conjurés ont placé juste à côté de l'entrée afin qu'ils les avertissent de la venue du scribe et de son escorte. En effet, les traîtres ne doutent pas que des agents de l'armée tanirienne qui sont parvenus à retrouver un descendant du Roi Twalboc'hed aient l'idée de se rendre à Sainte-Garde pour s'entretenir avec le Prêtre suprême. Or, les recherches magiques effectuées dans les ruines fumantes de la maison de Nagovan le Blasphémateur après un combat épique qui a coûté la vie à dix soldats ont justement révélé la présence d'un pentacle servant à se téléporter vers la région de Sainte-Garde. Par chance pour le groupe, la destruction de l'esprit de Nagovan a désactivé le pentacle et rend impossible une localisation très précise du point d'arrivée.

A partir du moment où ils passent le seuil du temple, Cerkan et les aventuriers sont repérés. Par ailleurs, à l'instant où ils pénètrent dans le sanctuaire, des personnages qui jettent un regard en arrière apercevront un pèlerin au visage largement dissimulé par sa capuche qui se détache de la foule. Ils ne pourront le regarder qu'une brève seconde, car d'autres bienheureux admis dans le saint des saints les poussent en avant en grommelant. Ils peuvent penser que cet homme est l'un de leurs ennemis, mais il n'en est rien (voir ci-dessous). La salle centrale du Grand temple accueille une foule compacte et bruyante d'environ cinq cents élus qui vont pouvoir voir les Grands prêtres de près. Dans le fond, une zone de vingt mètres sur dix - qui a été sécurisée par une haie de vingt paladins dans le sens de la longueur et une de dix de chaque côté dans le sens de la largeur - contient une grande table autour de laquelle sont disposés sept somptueux sièges en bois précieux. Trois mètres derrière la table, on aperçoit une double porte donnant sur la partie arrière du temple. Un huitième siège trône en lisière de la zone, encadré par deux solides paladins au garde-à-vous. C'est là qu'Andalad doit bénir les pèlerins choisis. Messire Cerkan commence à se rapprocher insensiblement de la zone sécurisée afin d'être dans les premiers à pouvoir approcher le Prêtre suprême quand il sera arrivé.

COUP DE THEATRE

Enfin le grand moment arrive et, un peu après seize heures, Niram Andalad fait son entrée par la double porte, accompagné des Grands prêtres Enéhev Falan, Doron Jalkélan, Aggan Alandar, Kelv Dwélantar et Nalo Iftégan. Les six hommes ont la soixantaine. Toute l'assistance met un genou à terre et murmure « gloire à Tiarn ». Les cinq prêtres s'installent sur leur siège et Andalad sur celui qui lui est destiné, à quelques mètres des fidèles. Une légère bousculade se produit alors. Les PJ qui réussiront un jet de Vision à -3 ou qui bénéficient de l'avantage Alertness ou Sixth Sense s'apercevront qu'un petit individu délié vêtu comme un pèlerin s'est subrepticement glissé derrière Messire Cerkan et qu'il se prépare à poignarder le scribe. Juste au moment où les aventuriers vont intervenir, un autre individu stoppe le mouvement de l'assassin de la main droite tout en lui enfonçant un couteau dans le dos de la main gauche. Le brouhaha de la foule couvre le râle de la victime et la chute de son poignard sur le dallage en pierre. Les PJ éberlués reconnaissent sous sa robe de bure Aalak Vergaftan, qui vient de sauver Messire Cerkan et qui leur intime l'ordre de se taire. Soutenant le corps désarticulé de l'assassin, il l'entraîne à l'écart tout en souhaitant bonne chance au groupe.

Une rapide inspection de la foule permet d'apercevoir cinq paladins qui se dirigent petit à petit vers les PJ et Cerkan en écartant les pèlerins. Le scribe demande à ses compagnons de le couvrir le plus longtemps possible, puis jette un sort de Presence sur lui-même avant de s'avancer vers Andalad. Tout le monde se retourne en direction du nouveau venu et le visage du Prêtre suprême s'éclaire d'un doux sourire. Il s'exclame : « Messire Cerkan, quelle joie de vous voir ici ! Venez près de moi, mon vieil ami. » Cerkan s'agenouille aux pieds du Prêtre suprême et s'entretient avec lui en murmurant. Le front d'Andalad se plisse tant il affiche un air soucieux. Le visage des cinq Grands prêtres, impassible, ne permet pas de déterminer la nature du sentiment qui les anime. Les cinq paladins qui s'avancent vers les PJ ont chacun tiré leur poignard, mais ils semblent demeurer dans l'expectative. Aucun des cinq Grands prêtres ne regarde dans leur direction. Le suspense est à son comble quand les PJ s'aperçoivent que Vergaftan est en train d'effectuer lame en main une manoeuvre de contournement de leurs ennemis, qui ne sont plus qu'à une dizaine de mètres d'eux. Tout à coup, Niram Andalad se lève de son siège et adresse à la foule l'ordre suivant : « Que tout le monde sorte de cette salle, sauf les voyageurs qui accompagnent Messire Cerkan ! ». Des paladins venus de l'extérieur commencent à évacuer les pèlerins ainsi que leurs cinq frères d'armes qui menaçaient le groupe et qui, bon gré mal gré, doivent s'exécuter. Vergaftan appuie le bras de l'assassin sur son épaule comme s'il aidait un malade à marcher et s'éloigne sans se faire remarquer. Andalad invite les PJ à rejoindre Cerkan et, toujours protégé par sa garde personnelle de quarante paladins, congédie les cinq Grands prêtres. Un aventurier paranoïaque ne manquera pas de se demander si le Prêtre suprême n'a pas l'intention de les faire occire discrètement par ses gardes dans la salle désormais déserte. Heureusement, il n'en est rien. Andalad déclare qu'il va faire un discours depuis le balcon du temple et entraîne le groupe à sa suite. Dehors, les dix mille pèlerins ont été rejoints par de nombreux badauds qui ont entendu dire qu'il y avait de l'agitation à l'intérieur du temple. Andalad jette sur lui-même un sort de Voice avant de prendre la parole. Il s'adresse en ces termes à la foule : « Chers enfants de Tiarn, des faits alarmants m'ont été rapportés par un de mes plus grands amis qui est aussi l'un des plus admirables défenseurs de notre culte. Il semble maintenant évident que des éléments appartenant aux plus hautes sphères du pouvoir tiarnite ont tenté d'enlever, voire de supprimer, un jeune homme qui pourrait être l'un des descendants du glorieux Roi Twalboc'hed. » A ces mots, la foule pousse un grondement d'indignation mêlée de surprise.

« Pourquoi ces traîtres ont-ils tenté de commettre un acte aussi vil et aussi contraire aux intérêts de notre Royaume et de notre Dieu, me direz-vous ? Eh bien pour préserver leurs intérêts et leur pouvoir dans notre société en guerre contre les abominations du Haut-Plateau. Ils ont l'outrecuidance de déclarer qu'ils protègent notre nation tout en complotant pour la priver du renfort d'un homme qui, peut-être, est dépositaire de capacités offertes par notre Divinité elle-même. J'avais déjà des doutes concernant la fidélité du Grand prêtre Ekendan, qui a tenté de se saisir du descendant de Twalboc'hed et qui a payé sa forfaiture de sa vie. Je ne veux pas savoir qui, en dehors de cet infâme personnage, a trahi. Je ne veux pas non plus savoir qui a fermé les yeux sur la trahison de ses compagnons ou qui a été trop incompétent pour la remarquer. Les cinq Grands prêtres sont cantonnés dans leurs appartements. Ils vont être rapidement invités à se retirer sur leur domaine sous la surveillance de l'armée royale et nous allons leur trouver six remplaçants dans les plus brefs délais. Cette décision entre en vigueur à l'instant. Nous allons maintenant nous préparer à accueillir celui qui est peut-être l'Elu de Tiarn. »

Andalad fait comprendre à Cerkan et aux PJ qu'ils doivent ramener Telz le plus vite possible à Sainte-Garde. Le scribe décide d'utiliser son sort de Mindlink afin de faire venir les paladins avec le marchand, ce qui constitue la solution la plus sûre tant que l'agitation du complot n'est pas retombée. L'ordre est donné à seize heures trente. Si l'un des aventuriers ne comprend pas pourquoi on ne force pas les Grands prêtres à avouer qui fait partie des conjurés, Cerkan répondra qu'ils ont une très haute défense magique - ce qui rendrait problématique l'utilisation d'un sort informatif - et que, même dans un culte brutal comme celui de Tiarn, il est hors de question de torturer des Grands prêtres. Il vaut mieux donc les écarter pour les contrôler véritablement. En moins d'un quart d'heure, les paladins fidèles aux cinq Grand prêtres - en tout cent cinquante individus - sont versés dans une unité en partance pour le front du Haut-Plateau. Trop heureux d'éviter une confrontation avec la justice tiarnite, connue pour être particulièrement peu compréhensive, les hommes entonnent un hymne à la gloire de leur Dieu tandis qu'ils sortent de la ville.

Le Prêtre suprême fait également libérer les deux paladins de Parage-Elfique faits prisonniers à Nolaken et qui croupissent en prison. Quant à Vergaftan, les PJ peuvent facilement le faire entrer de nouveau dans le temple, car il se tient près de l'entrée. Il leur explique que sa famille, constituée d'adeptes de Tiarn, sert fidèlement la famille Esragan depuis au moins un siècle. Il leur indique également qu'il a été arrêté à la sortie du temple de Nolaken. Ekendan devait statuer sur son sort après avoir interrogé Telz, mais la situation a dérapé après la mort violente du Grand prêtre et il a été téléporté avec les deux paladins fidèles à Cerkan vers un taudis situé dans les alentours immédiats de Sainte-Garde pour être interrogé par les chefs de la conspiration.

Heureusement, son entraînement d'adepte lui a permis de neutraliser le garde qui le surveillait, de lui subtiliser son poignard et sa bourse, puis de s'échapper et de rejoindre la ville, où il comptait trouver un moyen de revenir à Nolaken ou, au moins, de comprendre ce qui se passait. Pourchassé par les hommes de main à qui il avait faussé compagnie, il s'est introduit dans le flot des pèlerins afin de pouvoir entrer sans problème dans la ville.

C'est là qu'il a été témoin de l'incident concernant la mendiante aveugle et l'un des PJ. « Pour moi, il faut voir dans cette coïncidence extraordinaire la main de Tiarn », dit-il. Il ajoute qu'il a suivi les aventuriers en secret pour mieux les protéger et qu'il a pu pénétrer dans le temple grâce à son statut d'adepte et à son pendentif rituel. Un sort de Truthsayer permettra de déterminer que Vergaftan dit la vérité. Il peut d'ailleurs conduire le groupe sur les lieux de sa captivité et leur montrer où se trouve la zone de téléportation par laquelle il est arrivé. Il ne s'agit bien évidemment pas de la zone d'arrivée utilisée par les Grands prêtres lors de leur déplacement.

L'ARRIVEE DU GUERRIER PROVIDENTIEL

Vers dix-sept heures trente, des gardes font état de l'arrivée d'une forte troupe : les PJ s'apercevront que Telz Oropan et les huit paladins qui le protègent se dirigent vers les portes de Sainte-Garde, suivis par des centaines d'Orques ! Un rapide comptage permettra de déterminer qu'il y en a environ cinq mille, des guerriers pour la plupart. Les paladins déclarent que les premiers Orques ont fait leur apparition après le départ de Cerkan et des PJ et qu'ils semblent avoir été attirés par la présence de Telz. Celui-ci a repris son aspect normal et semble tout à fait à son aise dans son nouveau rôle de chef de guerre. Ses troupes commencent à monter le camp au pied des murailles de la ville. Quelques heures après l'arrivée de Telz à Sainte-Garde, les Orques continuent d'affluer, ainsi que de nombreux Hobgobelins, quelques Gobelins et quelques Ogres. Bientôt, l'armée du marchand atteint quinze mille éléments.